12 août 2026
« C’est une sorte de ratissage mené par l’État sur l’ensemble du territoire. Car, après tout, si un élève n’entre pas en classe de seconde, il est tout à fait évident que son parcours jusqu’à l’armée sera très court. Autrement dit, dans deux ans, on pourra l’enrôler », a fait remarquer le célèbre pédagogue Dima Zitzer* dans une interview.
[* Dima Zitzer, pédagogue et écrivain russe, a été reconnu comme « agent étranger » en Russie en 2025 et a quitté le pays après l’invasion de l’Ukraine en 2022 pour poursuivre ses projets éducatifs en Estonie, notamment avec l’école OMA Erakool]
La junte ne peut pas attendre que l’étudiant termine ses études supérieures dans quelques années, tant que le sursis est en vigueur. Les autorités ont un besoin urgent de soldats d’assaut, vers lesquels elle détourne la jeunesse en lui promettant, après la signature d’un contrat infernal, un service au moins aussi criminel et immoral, mais soi-disant sûr, en tant qu’opérateurs de drones.
Au fil des années d’études universitaires, les gens mûrissent, et la probabilité de succomber aux manœuvres de l’État agresseur diminue naturellement. Or, dans les collèges et les écoles techniques, on observe dès ce printemps des cas de recrutement dans l’armée : les jeunes n’ont pas encore atteint le niveau de maturité nécessaire pour développer un esprit critique, et il est donc plus facile d’exercer une pression sur eux.
Soulignons tout particulièrement la première déclaration de Zitzer concernant la « purge » menée par l’État à l’échelle nationale. Les actions des « hautes sphères » donnent à beaucoup l’impression que, outre des objectifs purement militaristes, les autorités russes assouvissent également d’autres « envies » personnelles.
Le Kremlin voit une menace pour lui-même dans ceux qui, avec le temps, pourraient prendre les armes et résister. La junte a oublié que, tout d’abord, si elle ne menait pas la guerre, si elle n’intensifiait pas la répression, l’idée même d’une menace émanant de la population ne se poserait pas.
On ne comprend pas très bien ce qu’ont appris les dirigeants du pays à l’école et à l’université, mais soit ils n’ont pas assimilé, soit ils ont oublié que, historiquement, les Russes se révoltent, comme on dit, « à genoux ». Par conséquent, qu’est-ce que le pouvoir compte donc faire de nouveau, puisqu’il craint d’avance une révolte ?!
De plus, la junte semble manifestement accablée par l’importance du peuple dont elle a pris le contrôle, et il semble bien qu’elle ne soit pas opposée à réduire ce nombre de personnes qui lui pèse. C’est d’ailleurs ce à quoi elle s’emploie.
Pour assurer une soumission totale, ce ne sont pas ces générations actuelles et adultes, qui ont connu d’autres perspectives et sont capables de les comparer à ce que leur impose le Kremlin, dont les autorités ont besoin, mais les plus jeunes, celles qui fréquentent aujourd’hui les crèches et l’école primaire. Les grands frères et les pères de ces petits constituent déjà une menace et un obstacle pour les autorités, et celles-ci s’efforcent de les éliminer afin que même leur mémoire soit effacée.
La junte russe, de par sa nature même, est incapable de garantir les droits fondamentaux ; c’est pourquoi les « hauts placés », par toutes leurs actions, éliminent les personnes qui leur sont gênantes et dangereuses. Le Kremlin mène un génocide non seulement contre le peuple ukrainien, mais aussi contre le peuple russe qui, hélas, contribue pour l’instant dans une large mesure aux nombreux crimes qui le détruisent.
Si l’on ne destitue pas, si l’on ne neutralise pas au plus vite l’élite raciste au pouvoir, les chances d’un rétablissement mental ou de toute autre forme de guérison pour la Russie s’amenuiseront à l’avenir, au risque de réduire ces possibilités à néant, et c’est toute la civilisation qui risque de disparaître définitivement et irrémédiablement.