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Russie

La destruction du supermarché Ozon s’est avérée plus effrayante pour le peuple que la mobilisation

Marché...

Les récits sur le peuple russe à l’époque de l’« opération militaire spéciale » font salle comble

(Extraits)

Lev Vladimirov

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24 Août 2026

Commentaire de Jean Pierre :

Lev Vladimorov nous raconte depuis Israël où il s’est exilé, ce qui se passe à Samara, ville où il fut enseignant auparavant. Ce sont des scènes de la vie courante où la destruction du centre « Ozon » provoque un émoi dans la population bien supérieur à celui des conséquences traumatiques du « SVO » sur la population.

Pour les habitants de Samara, la destruction par des drones ukrainiens, le 22 août, du centre logistique « Ozon », le plus grand de la Fédération de Russie, s’est avérée plus effrayante que la mobilisation. La population, qui s’est appauvrie au fil des années de règne de Poutine, bénéficiait d’avantages garantis par le pouvoir : de l’alcool bon marché, des allocations familiales pour les mères au foyer (dont la plupart étaient des « vatniki » et des « ponayekhi ») et des achats dans les grandes surfaces « Wildberies» et « Ozon ».

De nombreux Russes se prenaient pour une classe moyenne prospère, achetant des vêtements et des produits de mauvaise qualité dans les chaînes de distribution. La population était enthousiasmée par le processus lui-même : l’important était de se rendre au point de retrait des commandes et, en jetant un regard méprisant aux employés du point de retrait, de faire son choix parmi des produits aux couleurs vives. Des produits qui, en réalité, n’étaient que de la « camelote » chinoise, au niveau de l’assortiment d’un magasin bien connu comme « Monoprix ». Regardez : on trouve sur Internet en Russie une multitude de vidéos présentant des produits de « Wildberies» » et d’« Ozon ». Et les acheteurs présentent ces produits comme s’il s’agissait d’articles haut de gamme. Pour autant, les heureux propriétaires d’une « Rolex » à 599 roubles ou d’un jean « Levi’s » à 1 999 roubles ne se posent pas la question suivante : pourquoi cette montre tombe-t-elle en morceaux au bout de six mois, et pourquoi ce jean est-il usé jusqu’à la corde au bout du même laps de temps ? L’essentiel, c’est de se mettre en valeur sur Internet et (plus important encore !) de se vanter auprès de ses amis d’un achat « prestigieux ». La qualité douteuse des produits n’a aucune importance. Pour le Russe, ce qui compte, c’est de frimer !

Des connaissances dont l’enfant a trouvé la mort lors de l’« opération militaire spéciale » pleurent la destruction du centre logistique d’« Ozon » à Tchapaïevsk. Du genre : « On n’a pas acheté beaucoup de produits. » L’argent des achats, c’est l’indemnité versée pour la mort de leur enfant lors de l’« opération militaire spéciale ». Même le génie de l’économie, le professeur Lipsits, ne saurait expliquer les caprices des budgets familiaux russes.

D’anciens élèves travaillant dans les points de vente « Ozon » à Samara écrivent que l’activité est au point mort, en attendant que de nouveaux lots de marchandises arrivent de Chine. Dans le même temps, de nouveaux lots de chair à canon, envoyés à la guerre pour satisfaire les ambitions du Kremlin, arrivent de Russie dans la zone « SVO ». C’est « de chez nous », pas chinois – il n’y a jamais de pénurie de chair à canon.

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Dans l’école russe, le respect et la révérence envers les enseignants ont disparu depuis longtemps. Les années de guerre contre l’Ukraine ont rendu nécessaire la rééducation psychologique des élèves dont les parents ont péri lors de l’« opération militaire spéciale » ou sont rentrés chez eux estropiés. Hystérie, agressivité, méchanceté : tels sont les principaux traits de caractère des enfants issus de ces familles. Selon une directive officieuse du ministère de l’Éducation de la Fédération de Russie, les enseignants ne doivent pas mettre en avant le comportement antisocial des enfants issus de ces familles. Au contraire : il faut même dissimuler les cas de ce type de comportement. Pour améliorer les statistiques. Ensuite, on s’étonne de la recrudescence de la délinquance juvénile, des cas où des élèves abattent leurs camarades de classe. Avec le personnel pédagogique actuel, inapte à exercer sa profession, de tels cas ne cesseront de se multiplier en Russie comme boule de neige. Peut-être les enseignants pensent-ils que la majorité des élèves agressifs ira se battre en Ukraine ? Il n’est pas étonnant que le nombre de classes militarisées dans les écoles de la Fédération de Russie augmente : les « orques » sont habitués au dressage et au défilé à la manière d’une zone pénitentiaire. Le pays deviendra, comme chez Dovlatov dans « La Comédie du régime strict », un Goulag néostalinien généralisé, consolidé après les élections de septembre par une mobilisation générale.