La voix de l'opposition russe et de la résistance ukrainienne

Russie, Ukraine

Lettre ouverte à Diane Abbott, députée. Le combat de l’internationalisme contre le campisme : le cas de l’Ukraine

Sacha Ismail et Christopher Ford

(Sacha Ismail et Christopher Ford sont membres du comité de pilotage de la Campagne de solidarité avec l’Ukraine ; ils s’expriment ici à titre personnel.)

Republié avec l’aimable autorisation de Labour Hub

Chère Diane,

En tant que militants du mouvement socialiste des travailleurs/travailleuses, nous avons été très préoccupé·es d’apprendre que, lors de la « Conférence internationale contre la guerre » qui s’est tenue à Londres le 20 juin, vous avez qualifié la guerre meurtrière menée par la Russie contre le peuple ukrainien de « campagne de l’OTAN contre la Russie ».

Vous avez cité la guerre en Ukraine comme le dernier point, et non des moindres, d’une liste clairement destinée à répertorier les crimes commis ou soutenus par les puissances impérialistes occidentales, y compris la violence meurtrière d’Israël à l’encontre des Palestinien·nes.

Dans le même ordre d’idées, vous avez qualifié de « coup d’État » soutenu par l’Occident le renversement de la tyrannie de Bachar al-Assad en Syrie, maintenue au pouvoir par une violence extrême et par l’intervention militaire sanglante de la Russie et de l’Iran. La question ici n’est pas l’hostilité envers le nouveau régime syrien, mais le fait d’embellir Assad et ses soutiens impérialistes.

Depuis que votre discours a été plus largement diffusé, les critiques de la droite n’ont pas manqué. Ce qui importe, cependant, c’est la manière dont vos propos sapent les valeurs et les politiques de gauche – démocratiques, anti-impérialistes et socialistes.

Qualifier la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine de « campagne de l’OTAN contre la Russie », c’est comme décrire la guerre du Vietnam, à la fin d’une liste de crimes commis par l’Union soviétique et la Chine, comme « la campagne communiste contre l’Amérique ». (En réalité, c’est encore moins exact, puisque l’aide militaire occidentale joue un rôle moins important dans la résistance ukrainienne que ne l’ont fait les alliés extérieurs dans la résistance vietnamienne.)

Les faits relatifs à la guerre en Ukraine sont largement connus, mais revenons sur certains des plus importants. Selon des estimations prudentes, des dizaines de milliers de civil·es ukrainien·nes ont été tué·es ; la période allant jusqu’en janvier 2026 a été la plus meurtrière pour les civils depuis la première année de l’invasion à grande échelle. Plusieurs millions de personnes ont été contraintes de fuir, devenant ainsi des réfugiés ou des personnes déplacées à l’intérieur du pays. Parallèlement, les forces et les autorités russes se sont livrées à des attaques délibérées contre des cibles civiles (notamment des frappes contre des hôpitaux, des écoles et le réseau électrique), à des massacres de civil·es, au recours à grande échelle à la torture et aux violences sexuelles, à la russification forcée et à la répression de la langue et de la culture ukrainiennes, à des déportations forcées et à des enlèvements massifs (dont ceux de plusieurs milliers d’enfants), à l’écocide et à l’utilisation d’armes chimiques illégales.

Compte tenu de votre référence à la Syrie, nous tenons également à souligner les centaines de milliers de civil·es tué·es et les crimes de guerre généralisés commis par le régime d’Assad, soutenu par la Russie, dans ce pays, en plus des meurtres directement perpétrés par la Russie.

La guerre en Ukraine a par ailleurs fait des dizaines de milliers de mort·es parmi les soldat·es ukrainien·nes et des centaines de milliers parmi les soldats russes – ces derniers provenant de manière disproportionnée des nationalités et minorités opprimées de la Fédération de Russie, ainsi que de milliers de personnes issues de pays et de régions pauvres d’Afrique et d’Asie, souvent attirées en Russie sous de faux prétextes pour y travailler, puis enrôlées de force dans l’armée.

Il s’agit d’une guerre menée par un régime de plus en plus fasciste qui encourage l’extrême droite à travers le monde – dont la grande majorité, à son tour, le soutient, lui et sa guerre. Les socialistes et les anti-impérialistes devraient faire entendre leur voix pour dénoncer et combattre cette flambée d’impérialisme fasciste.

Comme l’a déclaré Abdul El-Sayed, le candidat de gauche qui vient d’être désigné comme candidat démocrate au Sénat dans le Michigan : « Ne vous y trompez pas, il s’agit bel et bien d’une guerre entre la démocratie et l’autocratie, entre l’autonomie gouvernementale et le fascisme. La voir autrement, c’est ignorer le contexte dans lequel elle se déroule. »

Vous êtes largement considérée comme une représentante et une défenseure pionnière des peuples opprimés. Ce que vous avez déclaré le 20 juin sape cette position.

Nous pensons que vous devriez échanger avec des socialistes, des syndicalistes et des militant·es ukrainien·nes en faveur de l’égalité et de la justice sociale ; écouter attentivement ce qu’elles et ils ont à dire et engager un débat de fond. Nous pouvons vous aider à entrer en contact avec elles et eux.

Vous devriez également vous pencher sur la position très différente adoptée par bon nombre de vos collègues de la gauche du Parti travailliste. Nous sommes convaincus qu’elles et ils seront ravis d’en discuter. Cet article de 2023 rédigé par le député John McDonnell, ainsi que ce podcast récent de Nadia Whittome, constituent de bons points de départ.

Bien à vous, pour l’anti-impérialisme et l’internationalisme,

Transmis par Entre les lignes entre les mots :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/12/19/le-combat-de-linternationalisme-contre-le-campisme-le-cas-de-lukraine/#comment-75404

https://ukrainesolidaritycampaign.org/2026/08/10/an-open-letter-to-diane-abbott-mp/

Traduit par DE