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Russie, Ukraine

À Moscou et dans la région de Moscou, l’essence commence à nouveau à se faire rare

Télégram « Opinion interdite » : Disposer d’une ressource et savoir l’utiliser sont deux choses totalement différentes.

14 août 2026

Les automobilistes signalent des pompes hors service, des files d’attente et une pénurie d’AI-95 dans certaines stations-service de « Gazprom », « Rosneft », Teboil, « Neftmagistrali », « Trassy » et « Tatneft ».

Sur l’autoroute de Yaroslavl, les files d’attente débordent parfois sur la chaussée, et le prix de l’AI-95 dans certaines stations-service, selon les témoignages des conducteurs, atteint 120 roubles le litre.

Et voilà qui marque véritablement une phase critique de la crise.

Car Moscou est le dernier endroit de la Fédération de Russie où l’essence aurait dû venir à manquer.

Dès le mois de juillet, les autorités avaient en effet mis en place un circuit d’approvisionnement en carburant distinct pour la capitale : l’essence était acheminée depuis la Sibérie et d’autres régions, et les livraisons étaient renforcées par des importations en provenance de Biélorussie et d’Inde.

C’était l’application de l’ancien principe russe de gestion des pénuries : si quelque chose vient à manquer dans tout le pays, il faut acheminer les restes vers Moscou.

Qu’on en vende 20 litres par personne ailleurs, peu importe.

L’essentiel, c’est que personne ne remarque rien sur le Cercle des Jardins.

Mais quelques semaines se sont écoulées, et l’essence a commencé à manquer à Moscou même.

En juillet, après une série d’attaques contre des raffineries, la production d’essence a chuté à environ 65 % de la consommation saisonnière habituelle.

Le gouvernement a interdit l’exportation d’essence et de diesel jusqu’à fin janvier 2027, a augmenté les importations et autorisé la production de carburants de classes environnementales inférieures.

Mais on ne remplace pas une raffinerie par des décisions administratives.

Les frappes ukrainiennes se poursuivent.

Cette semaine, la raffinerie d’Orsk a été complètement mise à l’arrêt à la suite d’une attaque ; sa remise en état pourrait prendre des mois. Des frappes ont également visé des installations au Bachkortostan, au Tatarstan et à Iaroslavl.

De plus, la crise s’étend déjà bien au-delà des stations-service. La hausse du coût des carburants augmente les dépenses des transporteurs, puis se répercute sur les prix de pratiquement tous les produits.

L’essence vient à manquer dans les stations-service, puis, quelques semaines plus tard, elle se retrouve sur les nouvelles étiquettes de prix des magasins.

Il est particulièrement amusant de se rappeler ces affirmations selon lesquelles les frappes contre les infrastructures pétrolières russes ne changent rien de fondamental.

Chaque usine prise individuellement peut effectivement être réparée.

Mais pendant qu’on répare la première, une frappe s’abat sur la deuxième.

Pendant qu’on remet la deuxième en service, on endommage la troisième.

Pendant qu’on transfère l’essence d’une région à l’autre, la pénurie la suit.

Et la voilà de nouveau arrivée à Moscou.

Les autorités russes ont déjà essayé presque toute la panoplie de mesures administratives :

Elles ont interdit les exportations.

Elles ont augmenté les importations.

Elles ont réorienté les livraisons vers la capitale.

Elles ont assoupli les exigences de qualité du carburant.

Elles ont fait intervenir la FAS.

Il ne manque plus qu’un décret :

« Interdisant la pénurie d’essence ».

Le problème, c’est que l’appareil administratif est plutôt peu efficace pour raffiner le pétrole.

C’est précisément pour cette raison que les files d’attente dans la région de Moscou sont plus importantes qu’une énième pompe vide quelque part loin de la capitale.

Moscou était la vitrine que l’État protégeait en priorité.

On collectait déjà du carburant dans tout le pays pour elle.

Et pourtant, la pénurie est revenue.

Cela signifie donc que cela ressemble de moins en moins à un problème local et de plus en plus à une contrainte systémique.

Poutine voulait bâtir une économie capable de résister à la guerre pendant des années.

Mais une telle économie ne se contente pas de billions dans le budget et de rapports optimistes.

Il faut des usines, des pièces détachées, une logistique, des raffineries et de l’essence.

Aujourd’hui, la crise du carburant frappe à nouveau Moscou.

Non pas parce que la Russie est à court de pétrole, mais parce que la guerre enseigne peu à peu à cette superpuissance pétrolière une leçon désagréable : disposer d’une ressource et savoir l’utiliser sont deux choses tout à fait différentes.

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