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Russie

La vie privée d’intelligence pour être soi-même n’est plus supportable dans la Russie de Poutine

Un homme sous un microscope, caricature d’H Talburt.

Lev Vladimirov : Les grands écrivains et philosophes considéraient l’esprit grégaire comme un signe de dégénérescence de la nation.

1er août 2026

Être une personnalité libre : une sédition et le crime le plus grave pour les Russes. Le pouvoir « rashiste » s’inscrit dans la lignée des meilleures traditions despotiques des bolcheviks sanguinaires, en enfermant dès le berceau la jeunesse dans les chaînes de la pensée unique, du goulag idéologique et du collectivisme. Un camp de concentration militarisé entoure le Russe dès la maternelle, lorsque les parents emmènent les jeunes partisans de Poutine, garçons et filles, déguisés en soldats, aux défilés militaires. Cela se poursuit à l’école primaire, avec une matière obligatoire de formation militaire initiale et l’« Unarmiya ». Pour le simple Russe, la course militariste s’achève à l’école de la vie : lors de la soi-disant « opération militaire spéciale », où les drones ukrainiens jouent le rôle d’enseignants malgré eux.

Chacun recevra selon sa foi. Depuis un quart de siècle, les idéologues du Kremlin martèlent aux Russes, par le biais des médias, le postulat « notre force réside dans l’unité ». Ce parti d’escrocs et de voleurs, qui s’est discrédité partout et en toutes circonstances, mobilise la masse, par habitude propagandiste héritée de l’époque de l’appareil du Comité central sur la Place de la Vieille. « Russie unie » a de fait monopolisé le droit de manipuler les cerveaux dégradés des orques.  Mais ce sont des dégénérés et des incompétents tout aussi dignes de ce nom qui se livrent à cette manipulation.

Les grands écrivains et philosophes considéraient l’esprit grégaire comme un signe de dégénérescence d’une nation.

 Qu’est-ce que l’intelligence pour un Russe ?

– Un mot vide de sens. Plus précisément, enfiler un caleçon propre le matin : c’est déjà de l’intelligence. Des chaussures propres : c’est déjà de l’élitisme. Quant à l’absence de livres chez les Russes ordinaires, à leur méconnaissance de la rhétorique et de la logique : c’est la faute de l’école. À l’époque de l’URSS, les élèves ayant des « deux » étaient plus éloquents que les députés actuels de la Douma d’État.

Le patriotisme du Russe moyen se mesure à la quantité de vodka et d’amuse-bouches reçus en échange d’un vote « dans le bon sens » lors des élections. Ou en primes versées aux enseignants membres des commissions électorales. Une incitation rusée, qui les pousse à fermer les yeux sur le bourrage des urnes en faveur du candidat de « EdRa », et à organiser des provocations visant à faire expulser de la commission électorale locale les observateurs des autres partis politiques.

Dans l’émission idéologique de la télévision soviétique « Panorama international », qui était diffusée sur la musique de « Vibrations » du groupe occidental « The Ventures », on montrait d’épisode en épisode des reportages sur les pays capitalistes. On expliquait ainsi aux téléspectateurs que l’Occident transformait le peuple en une populace stupide dont le seul but était de gagner de l’argent pour se nourrir et payer son loyer. Dans la Russie fasciste, le peuple vit dans des conditions bien pires. Mais la télévision de Skabeïev et Simonyan qualifie cela d’« acquis » du Garant, devenu depuis longtemps un tsar.

Les fondements autocratiques du « rashisme » : l’ivresse aveugle de la victoire chez les orques, convaincus d’avoir raison quoi qu’il arrive. Sur « SVO », dans la bagarre entre enfants pour un pot de toilette chinois à la crèche, dans la dispute entre retraités corpulents dans la cour sur le thème : « Qui est le plus cool, Poutine ou Trump ? » Partout, les Russes campent sur leurs positions comme des héros de la division Panfilov, sans céder d’un pouce. Mais dès qu’apparaît un nouveau dirigeant, plus impétueux que le précédent, les orques reculent facilement et sans résistance.

Pour les Russes, il est bien plus difficile d’être une personnalité que de simuler en masse la stupidité. Les imbéciles qui les entourent, y compris les fonctionnaires au pouvoir, obligent la partie encore intelligente de la population russe à se taire, en cachant ses capacités intellectuelles.

En me retrouvant en Israël, après avoir discuté avec des Israéliens, des Européens et des Américains, j’ai compris à quel point les Russes s’étaient appauvris intellectuellement. Même moi, qui ai travaillé dans une école en Russie et qui me considérais comme un intellectuel, j’ai dû rechercher sur Google des concepts inconnus. Et si un « vatnik *» ordinaire s’était retrouvé à ma place ? Il aurait sombré dans la folie face à cet océan d’informations. La plupart d’entre eux sont incapables de digérer ces informations en raison de leur faible QI. Ce n’est pas un hasard si « Solov’inyi Pomet » met en garde les « vatniks » contre le visionnage de YouTube. Après tout, même chez « Kotik » (Sacha Štefanov), on trouve des informations étrangères au Russe moyen. Le contenu de la chaîne YouTube de Mikhaïl Khodorkovski ou de la chaîne de télévision « Dozhd » plonge carrément les « vatniks » dans un état de crise de panique. C’est terrifiant, pour ce cerveau spinal qui a remplacé le cerveau, de prendre conscience qu’il existe dans le monde des pays plus prospères que la Russie, où les autorités valorisent le peuple au lieu de le disperser dans la « SVO ». Dans ces pays-là, le peuple vit comme des êtres humains.

Pour les « vatniks », outre le fait de regarder la télévision de Poutine, le principal remède contre l’influence idéologique occidentale et l’entraînement intellectuel consiste à lire les étiquettes des bières « Okhota Krepkoe » et « Doshiraka », provenant de la Chine amie. Ce genre de contenu ne fera pas d’eux des personnalités.

Tel-Aviv

Lev Vladimirov